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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 07:55

Dans le cadre des Rencontres Photographiques du Xème,
Jean-Louis Canvel
expose du 6 au 28 novembre
ses photographies
''Taches''

à l'Atelier Galerie Michèle Sauvalle
51, rue des Vinaigriers
75010 Paris

Vernissage le vendredi 6 novembre
à partir de 18h00


Exposition ouverte du mercredi au samedi
de 14h00 à 19h00
et sur rdv au 06 21 05 12 98

 

exposition jean louis canvel_michèle sauvalle_rue des vinaigriers

 

 

Cliquez pour voir l'article original publié par Regard Public

et les photos qui l'accompagnent

 

 

 

Avec le souci de constituer une œuvre personnelle dont les pièces s’emboîtent à la façon d’un puzzle, le travail de Jean-Louis Canvel associe principalement écriture et image, interrogeant ainsi la complémentarité entre différents modes d’expression au service d’une histoire, d’un thème ou d’un sujet. Chaque œuvre est un projet unique, conçu de manière globale

Les images sont élaborées pour chaque thème à partir d’un mélange unique de différentes techniques (photographiques, mais aussi dessin, peinture), incluant ses recherches sur la couleur et l’abstraction où le jeu avec le hasard est un élément majeur. Son objectif est de trouver l’alchimie entre plaisir esthétique, développement de l’imaginaire et questionnement sur la réalité et l’illusion

Les textes mêlent fiction, humour, poésie, conte moral et essai,... pour aborder avec distance et légèreté des thèmes sérieux, liés entre autres aux origines et à l’identité. Dans ce domaine également, il aime manier des genres différents, les confronter, pour éclairer plusieurs facettes en donnant la parole aux multiples voix qui cohabitent, chez une même personne ou dans une œuvre

 


 



 

 

Loïc Hamon : « Tes débuts en photo remontent à quel âge ? Donne-nous des détails ? »

Jean-Louis Canvel : Mon grand-oncle était fou de photographie mais le reste de la famille supportait mal le temps nécessaire pour mettre en scène ses images où nous devions figurer en bonne place devant un joli paysage, les longs préparatifs et les poses; il avait aussi un dada dont on se moquait bêtement, le découpage de revues et le collage d’éléments disparates qu’il rephotographiait ensuite, bien kitch ! Il reste peu de traces de son travail, mais j’ai hérité de sa passion et de ses lubies, je crois.
Ma "vocation" a été assez tardive, c’est mon frère aîné qui à 20 ans m’a offert un Canon FTQL, je me suis mis au N&B et j’ai appris tout seul. Très vite, au vu de résultats que je trouvais décevants, j’ai cherché à transformer les images pour fabriquer mon propre monde, avec une bonne petite dose d’orgueil !

 

 

 

 

 


L H :
« L’inspiration; parle-moi des photographes que tu aimais quand tu as commencé et ceux aujourd’hui vers lesquels tu te précipites pour voir leurs dernières expos, leurs dernières publications ? »

J-L C : En réalité, l’inspiration me vient souvent comme ça sans qu’il y ait a priori de lien entre ce que je vois ou fais à ce moment-là et la pensée qui surgit, idée nouvelle ou concernant un projet déjà en cours (du coup, je suis sans arrêt en train de noter !...). Il y a tout un travail inconscient qui se matérialise à un moment donné sous forme d’images ou de mots : je suis du genre ruminant. Pour répondre plus précisément à ta question, je n’ai pas de photographe de prédilection, je suis très éclectique et m’intéresse à différents modes d’expression artistique, souvent sans une connaissance approfondie des techniques mais en m’attachant au lien entre la vie d’un artiste et son œuvre, c’est toujours un mystère qui me plonge dans un abîme de perplexité !
D’un côté, je suis fasciné par ces génies que je découvre et qui me touchent profondément mais en même temps cela me dérange, me détruit presque, j’ai "honte" de ne pouvoir faire mieux ou plus, de mon manque de talent, de ma paresse ou de ma résignation parfois, de l’énorme différence entre ce dont je rêve et du peu que j’arrive à produire !

 

 

 

 

 


Alors il y a une alternance entre des périodes d’ouverture (au cours desquelles j’emmagasine des impressions), et d’autres de fermeture où je dois me concentrer uniquement sur ce que j’ai à faire moi, même si c’est imparfait ! Quoi que je fasse, je doute; le regard des autres (regard public…), comme le mien propre, réclament une exigence telle que la satisfaction n’a aucun sens.
Il ne peut y avoir non plus de notion de mérite, créer est un besoin vital, à la fois souffrance et plaisir. A l’achèvement d’une œuvre, sorte de naissance, doit succéder une nouvelle gestation.

 

 

 

 

 


L H : « Durant plusieurs années, tu as fréquenté le photo club des 30x40 à Paris, peux-tu nous parler de cette expérience ? »

J-L C : J’ai beaucoup apprécié les soirées consacrées à des grands de la photographie, des créateurs extraordinaires, même si leur présence en chair et en os me laissait personnellement sur ma faim; il y avait assez peu de dialogue, d’interaction, les questions et les réponses n’étaient pas éclairantes (mais peuvent-elles l’être ?). J’ai moins aimé le fonctionnement qui n’encourageait pas les timides et les débutants à montrer des images (ah ce silence glacé qui suivait une présentation !...) ou même à prendre la parole : seuls les "maîtres" et les "cadres" semblaient avoir le droit de le faire.
Je rêve d’un lieu où l’organisation serait uniquement au service des échanges entre les personnes, qui permettrait de tirer naturellement le meilleur de chacun et de tous : utopie ? Qui veut essayer ?

 

 

 

 

 


L H : « Un projet, une série photo, ça peut durer combien de temps, je pense à tes images sur les détails de coques de bateaux que tu nous présentes ? »

J-L C : Il y a des "projets" courts (sur quelques mois) et des longs (sur des années voire dizaines d’années, pour faire simple !), mais il existe aussi des œuvres de toute une vie ! C’est une question de maturation : la tique perchée sur son arbre attend bien 18 ans paraît-il avant de tomber sur un mammifère à son goût et de passage, alors… Dans certains cas, le plus difficile est donc de mettre un point final, particulièrement s’il s’agit de prise de vues avec des images du quotidien : c’est tentant d’en ajouter sans cesse, de peur d’avoir raté celle (ou celles…) qui manque, celle qui changera tout ! C’est probablement que le thème est trop vague ou qu’il n’y a tout simplement pas d’échéance qui pousse à finir en "abandonnant" ce qui n’est pas absolument nécessaire, à regret bien sûr.

 

 

 

 

 


Je reviens sur ce terme de projet que j’utilise souvent. Je travaille par thème, avec des images et des textes qui se complètent, se répondent ou se heurtent.
Les thèmes parlent des origines, de l’identité et de sa construction, des mystères, de la magie (anagramme d’image !) et de l’illusion.
Mes images racontent souvent autre chose que ce qu’elles montrent (elles interrogent la "réalité" des choses), l’utilisation de "trucages" (oh l’horrible mot !) et de textes (fiction, humour, poésie, essai,…) permet de donner d’autres dimensions aux images.
"Pie-noir des champs", livre autoédité, raconte avec humour l’histoire d’une petite vache bretonne, illustrée d’images N&B (of course !).

L H : « Certaines sont étonnantes, on dirait une œuvre moderne que l’on aurait pu croiser sur les cimaises de Beaubourg, aucun rajout de ta part, juste le hasard ? »

J-L C : Je suis toujours émerveillé par ce que la nature et le hasard peuvent produire et j’essaie soit de me mettre à leur service, d’en montrer les beautés cachées, ces fameux détails où paraît-il le diable se niche, soit de recréer (en "parfait" petit démiurge…) des conditions de hasard dans l’élaboration d’images, de jouer avec au chat et à la souris, pour brouiller les pistes et parler de la complexité du monde et de la vie, faire découvrir des facettes cachées, mettre en scène la palette des possibles, la richesse des différences, j’aime explorer, inventer des pistes, ouvrir des fenêtres et faire rentrer l’air et la lumière, j’adore "tromper" pour interroger, pour que l’on ne juge pas trop vite, trop simplement, et qu’on ne condamne pas à mort ce qui pourrait vivre, porter des fleurs, produire des fruits.

 

 

 

 

 


L H : « Parle-nous un peu de technique, l’image que tu réalises au déclenchement (je pense à la série sur la Bretagne) et le tirage que tu accroches pour exposition ? »

J-L C : Au moment du déclenchement, il y a derrière l’objectif une personne (un sujet) qui est à ce moment-là sensible à un "sujet" choisi dans un certain environnement. Cette personne ressent la scène avec ses 5 sens et son histoire propre, passée et actuelle, et c’est ce qu’elle traduit dans l’image, plus ou moins inconsciemment, en un éclair. On va donc passer d’une "impression" éphémère à une "impression" définitive, avec l’image et son tirage sur papier.
J’essaie pour ma part, en travaillant l’image en "postproduction", d’y mettre des choses en plus en prenant le temps d’analyser ce que j’ai ressenti et ressens encore autour de cette image, en cohérence et en harmonie avec ce système global dans lequel une image isolée va prendre place et sens.
Le danger est de trop intellectualiser la démarche et de chasser le naturel.

 

 

 

 

 


L H : « Les effets obtenus sont-ils réalisés sur le positif (ou négatif) ou sur le tirage papier définitif ? Dans ce cas difficile d’obtenir un doublon identique ? »

J-L C : Je travaille sur diapositive, par séries homogènes sur un thème donné (images de Bretagne, pour simplifier). Il y a un traitement spécifique par projet, unique, à base d’attaque chimique et microbienne des couches colorées (sur plusieurs semaines voire mois, avec du Whisky et autres substances secrètes mais licites dont l’abus etc.), de stabilisation, puis d’attaque par le feu de certaines parties (au briquet Dupont…). Je travaille avec une loupe sur table lumineuse.
Il y a pas mal de variantes mais les principes de base sont très simples. Par séries, on arrive à avoir des résultats homogènes, ce qui est indispensable pour la cohérence et la continuité du discours. Il est indispensable de trouver son propre langage, mais j’essaie de parler plusieurs langues !

 

 



 

 


L H : « Tes images, sont pour le moins très colorées, as tu déjà utilisé le Cibachrome pour le tirage de celle-ci ? »

J-L C :
Oui, bien sûr, c’était mon papier de prédilection et c’est dommage que ce type de tirage soit perdu mais je n’aimerais pas tenir des propos d’ancien combattant (que je respecte par ailleurs, bien entendu !).
Les techniques changent, "c’est la vie", et il y a du coup de nouvelles voies à explorer. Néanmoins, il reste ce sentiment de perte qui est difficile à gérer, surtout quand on a plus d’années derrière soi que devant et qu’on est déjà par nature un peu enclin à s’adonner à la nostalgie…
Et puis aussi, mais cela n’engage que moi, je trouve que travailler en numérique est plus difficile ! Comme l’argent, le numérique n’a pas d’odeur...

L H :
« Ta manière de voir est pour le moins originale ! Mais est ce encore de la photographie ou une œuvre graphique obtenu via des moyens photographiques ? »

J-L C :
En art, et ça ne date pas d’aujourd’hui, tout est permis ! Les surréalistes par exemple, ont allègrement mélangé les genres et actuellement, par exemple, Sophie Calle n’est pas spécialement photographe.
Je dirai que seul le résultat compte et pour moi c’est de transmettre ce que je ressens qui n’appartiendrait qu’à moi et n’aurait aucun intérêt si je n’essayais pas de donner les clés de mon monde et partager (à défaut de pouvoir embrasser et comprendre ‘’le’’ monde, le cosmos !...), pour forcer sentiments et réflexions, bassiner les autres sur mes thèmes obsessionnels, sur la beauté, la vérité, le réel, les mystères et toutes ces sortes de choses ! Surtout, donner du plaisir et alléger…Vaste programme !

 

 

 

 

 


L H : « Tes projets à venir ? »

J-L C : J’en ai déjà plein mais je m’en invente tous les jours de nouveaux ! Je travaille beaucoup mais pas assez encore. J’aimerais finir les "gros" projets qui me tiennent le plus à cœur (matérialiser par un "objet" sous forme définitive, à transmettre pour échanger) et donc publier quelques livres mêlant textes et images (avis aux éditeurs !).
Je reviens ces temps-ci vers un peu plus de prise de vues, sans traitement postérieur, un comble... Je commence également un projet découpage – collage, mon grand-oncle doit me regarder avec ironie !
J’aime aussi organiser des stages, écrire sur la photographie et l’art. En donnant des cours, on apprend beaucoup sur sa pratique ! Après avoir beaucoup donné jadis dans des clubs photo, je participe aujourd’hui à un collectif de (bons) photographes du Xème, "Oh les murs !", et c’est stimulant.
Mon projet le plus ambitieux (ma petite étoile inaccessible ?), "Lieux communs", est une vraie – fausse encyclopédie. J’utilise des mots choisis que j’illustre par tous les moyens possibles (textes de tous styles, image, dessin, peinture, croquis de sculpture,…). J’en suis à la lettre "a", au début, faut dire que j’ai du mal à faire plusieurs choses en même temps.
Qui sait s’il me faudra d’autres vies pour arriver au mot "zen" ?...

 

 

 

 

 

 

 

 

• Publication de livres :
Edition à compte d’auteur de "Pie-noir des champs" (1995), livre de fiction et images N&B ; actuellement en recherche d’éditeur pour deux ouvrages (textes et images couleur) : "Créations en chaînes" et "Vagues à l’âme et cœur sans cible"
Egalement : romans, contes, nouvelles. Publication depuis 2003 dans une revue littéraire (NCA)

• Expositions :
Expositions personnelles (depuis 1979) : Aubenas, Bièvre, Cauchy, Laon, Montrouge, Mont-de-Marsan, Nemours, Orthez, Pau (FNAC), Trouville, Paris (Artkanal 2006, "Oh les Murs" 2008)

• Illustrations :
Photothèque d’images classiques et créatives :
Séries composées d’une sélection des images travaillées pour illustrer les thèmes des livres
Autres sujets couverts : Bretagne, Paris, Venise, paysages poétiques, humain, matière, taches, abstractions...

• Autres activités :
Direction de club-photo, animation, stages techniques : Laon, Nemours, Pau, Paris (2007, 2008)
Réalisation de vidéo-diaporama : pour Amnesty International France (1990) ; Carnaval Biarnès de Pau
Membre de l’agence Vandystadt (1981), secteur illustration

• Récompenses :
Prix Charles Chevalier (1991) et Louis Ducos de Mauron (1990) à Bièvre
Prix régionaux d’auteur de la Fédération Française de Photographie (1980), diapositive/couleur papier

 

 


Pour connaître les futurs travaux de Jean-Louis Canvel : Présentation des Projets


Jean-Louis, merci d'avoir accordé cette interview à Regard Public (Août 2008)

 

 

 

 

 

 

 

Par sylvie - Publié dans : Qu'est-ce qui se passe rue des Vinaigriers ? - Communauté : imag'in
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