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Lundi 8 octobre 2007
J'ai bien cherché dans Google : y'a vraiment pas grand chose sur l'histoire de la rue des Vinaigriers... Vous trouverez ici les témoignages rapportés par nos lecteurs à ce propos...

Extrait du Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments



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Selon la Mairie de Paris, la rue des Vinaigriers a porté les noms de ruelle des Vinaigriers sur le plan de Delagrive (1728) et de rue Carême Prenant sur le plan de Gomboust (1652). D'après Jaillot, elle était appelée, sur le plan de la même époque, ruelle de l'Héritier. En 1946, la partie comprise entre le quai de Valmy, 73, et le quai de Valmy, 87, a pris le nom de rue Jean Poulmarch.


Suivant la source :"Dictionnaire historique des rues de Paris", de Jacques HILLAIRET (réédition de 1997, aux Editions de Minuit), il s'agit à l'origine d'une rue qui servait de raccourci pour se diriger vers l'hôpital Saint-Louis (ou en revenir, parfois).

Elle s'appelait vers 1652 "ruelle à l'Héritier" et/ou "ruelle du Carême-Prenant", puis en 1728 "ruelle des Vinaigriers", nom donné à un lieu-dit pour lequel elle servait de limite. A part la présence d'un vinaigier (l'homme du métier plus que le récipient), on ne voit pas d'autre explication.

En 1946, une partie de cette voie, du côté du canal, devient la rue Jean-Poulmarch.

Bonne année 2008 !

MT

 


Je ne suis pas la seule à m'interroger sur le passé de cette rue.

Anne Cahen a interviewé l'une de ses plus anciennes habitantes dont nous reproduisons ici  les souvenirs de sa naissance en 1929  à aujourd'hui.


 

Rue des Vinaigriers : c'est là que Maria est née en 1929, qu'elle a grandi et qu'elle vit toujours. C'est un vrai bonheur de l'entendre se raconter et raconter sa rue.

Elle évoque l'ambiance village de son enfance avec ce boulanger de la rue qui se vantait de n'avoir jamais été plus loin que la Bastille, les concierges que l'on appelait alors les « bignolles » qui sortaient leurs pliants sur le trottoir à la fin de la journée et échangeaient les potins de la rue.

Elle se souvient que tout le monde se connaissait ; pas question de rentrer dans un immeuble après 22H sans avoir crié son nom à l'attention de la gardienne qui guettait.

Elle m'avoue qu'elle sourit quand elle entend les mises en garde d'aujourd'hui à la radio pour veiller sur les personnes âgées les ?ours de canicule. A cette époque « on aurait tout de suite remarqué si la voisine n'avait pas ouvert ses volets et on aurait frappé ».

Elle a connu les livraisons à cheval.

I1 y avait si peu de voitures que la rue appartenait aux enfants qui y jouaient à la marelle ou aux billes surtout le Dimanche. Tour à tour, les mamans les interpellaient par la fenêtre.

Elle me montre du doigt l'emplacement de tous les commerces qui rendaient la rue si vivante : pas moins de 5 fruitiers, 2 épiciers, 3 boulangers, 2 boucheries et 2 charcuteries, 1 marchand de vins et de très nombreux artisans, des petits ateliers comme celui du dernier vendeur et fabricant de lanternes de fiacres.

Le « bistrot des faubourg » d'aujourd'hui était le bougnat d'avant guerre qui livrait le charbon à toute la rue.

Les bureaux et commerces d'aujourd'hui ont remplacé la mercerie, les 2 blanchisseries, les 2 marchands de journaux, l'échoppe des ramoneurs, la cordonnerie ou la ferronnerie...

Avec une nostalgie de petite fille, elle évoque la bonne odeur de la fabrique de bonbons du 47 et avec pas moins de gourmandise cette échoppe qui vendait du lait frais -et seulement du lait- directement au passant sur un petit comptoir de bois.

Et ça tournait toute l'année. les congés payés n'existaient pas encore. Jusqu'aux grandes grèves de 36, les mois d'Août ressemblaient à n'importe quel autre mois. Et même après « on n'osait pas partir plus de quelques jours, une semaine maximum ».

On ne parlait pas de religion mais on allait tous endimanchés à la messe : le côté pair de la rue à l'église Saint Laurent et le côté impair rue Albert Thomas parce que le catéchisme était sectorisé et qu'on suivait les enfants ou l'habitude. Les étrangers, c'étaient les Espagnols et les Italiens. Des Noirs, on en voyait si peu qu'ils suscitaient la surprise.

Les rares privilégiés qui avaient une voiture ne l'auraient jamais laissée dans la rue, il fallait un garage. Les vélos ne traînaient pas non plus et comme la concierge ne les auraient pas supportés dans la cour, on n'avait pas d'autre choix que les monter chez soi, sans ascenseur...

« Cela nous semblait si peu d'efforts, pensez qu'on n'avait l'eau que sur les paliers et pas ou peu l'électricité ».

 

Par un petit passage entre la rue des Vinaigriers et la rue Legouvé, les riverains se rendaient aux bains douches une fois par semaine, comme un rituel.

L'autre lieu de rencontre du "village", c'était le lavoir du passage Dubail, géré avec ordre et rigueur, qui accueillait habitants ou blanchisseurs. On payait pour y laver et étendre son linge.

Quand la guerre est arrivée avec ses contraintes et ses rationnements, les trafics, échanges et trocs en tout genre allaient bon train dans la rue par l'entremise des commerçants. Tout le monde se parlait.

Les enfants allaient à l'école rue de Marseille pour les filles et rue Jean Poulmarch pour les garçons.

Maria a de la peine à évoquer alors ses 2 camarades juives déportées avec lesquelles elle allait à l'école. Aujourd'hui, elle veut encore croire qu'elles ont eu le temps de se sauver avant les rafles.

Avec la fin de la guerre, elle parle du "grand défoulement". Pas moins de 3 bals dans la seule rue des Vinaigriers les jours de fête, avec orchestre sur l'estrade et occupation de toute la voie publique. Les rares voitures qui passaient étaient priées d'attendre la fin de la valse...

La rue des Vinaigriers, c'était le quartier calme, presque résidentiel comparé au faubourg Saint Denis, très populaire, bruyant, animé en continu par les marchandes de quatre saisons sur tout son parcours. Le faubourg Saint Martin était plutôt à tendance bohème avec ses théâtres, ses revues et sa musique de rue accompagnée d'accordéons.

I1 y avait déjà un vrai mélange social avec les familles bourgeoises dans les immeubles de pierre de taille et les moins nantis dans les autres mais tous voisinaient en harmonie. Tous partageaient les mêmes lieux, les mêmes commerces, les mêmes écoles et les mêmes promenades.

Le canal Saint Martin était un endroit bien calme, voué aux balades familiales. Rien ne laissait deviner ce qu'il allait devenir même si le film Hôtel du Nord lui avait valu une petite notoriété fugace à l'époque.

Finalement, Maria serait peut-être d'accord pour accorder à ce quartier et à cette rue d'aujourd'hui un point commun avec ceux de son passé : la convivialité. Les petits cafés, ce sont les mêmes que ceux qu'elle a connus même s'ils ont changé. Très peu ont disparu.

C'est un signe ça, non ?

 

Les " morts pour la France " de la rue des vinaigriers

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Louis TOUPELIN DE LA DOILIERE, brigadier de Police - Tué sur la Place Jacques Bonsergent lors de la Libération de Paris

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André et Emilienne PICOUT, gardien de la Paix, assassiné par des personnes vendues aux Nazis, en même temps que son épouse Emilienne. Leur fille a échappé de justesse au massacre à l'age de 16 ans.




Si vous détenez vous aussi un pan d'histoire de cette rue, n"hésitez pas à nous l'adresser !



 





Par sylvie - Publié dans : Mémoire de la rue des Vinaigriers
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